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Depuis que j'ai débuté ce blog, je relate surtout mes découvertes sans réellement parler de paléoécologie et
des paléoenvironnements triassiques. Je vais tenter d'y remédier par cet article en essayant de décrire le Nord Est de la France depuis le milieu du Trias jusqu'à sa fin, afin de
comprendre les influences qui ont permis la mise en place des quelques sites fossilifères que je parcours...
1.) Le Muschelkalk :
Il y a 237 Millions d'années, par le jeu de la tectonique des plaques, les continents
avaient une disposition bien différente de celle que nous connaissons actuellement.
Le super continent Pangée continue sa dislocation amorcée il ya plusieurs milliers d'années, et commence à se "déchirer" en plusieurs "sous continents".
Ces "déchirures" permettent l'invasion océanique et la mise en place de mers intérieures peu profondes. C'est exactement ce contexte qu'a connu l' Est de la France au milieu du Trias entre
l' Anisien (246 MA - 237 MA) et le Ladinien ( 237 MA - 228.7 MA ).
Les influences océaniques en provenance de l'océan Tethys, ont ainsi progressivement envahi les dépressions du centre de l'Europe pour former une vaste mer in
térieure depuis le Nord Est de la France jusqu'aux frontières des pays Baltes.
Cette vue d'ensemble permet de comprendre la situation de cette mer intérieure communiquant uniquement avec la Tethys par deux "portes".
Ces portes sont figurées sur la carte ci contre par les flèches, le domaine continental étant signalé en vert, le domaine océanique dans le bleu le plus foncé, et enfin la mer interne du
Muschelkalk en bleu clair.
La porte d'entrée des eaux océaniques la plus occidentale fut définie comme la porte "Bourguignonne", la plus orientale ayant été décrite sous le terme "Moravienne".
Le sel gemme des mines de Château-Salins est la conséquence directe de l'assèchement périodique d'une partie de cette mer. Au cours des 8 millions d'années du Muschelkalk, et plus
particulièrement au cours du Muschelkalk moyen, les portes d'accès à la mer Germanique se sont refermées à plusieurs reprises, stoppant ainsi l'alimentation d'eaux océaniques.
Cette fermeture, conjuguée au climat chaud de l'époque (l' Europe se trouvait alors à une latitude proche de celle du tropique du Cancer), ont permis l'accumulation de grandes
quantités de sel, aujourd'hui encore exploitées.
Cette mer chaude et peu profonde présentant une carence en alimentation d'eaux océaniques a sans doute conféré à cette mer une sursalinité plus ou moins temporaire, accompagnée d'une baisse
de la teneur en oxygène, conditions défavorables à la vie.
Néanmoins la faune a très vite su trouver ses marques au sein de cette étendue d'eau, le terme Muschelkalk signifiant littéralement dans la langue de Goethe " calcaire coquiller ".
2.) Cératites :
Les plus emblématiques des fossiles de cette période sont sans conteste les Ceratites; ces céphalopodes lointains cousins des ammonites doivent leur existence aux conditions toutes particulières
de la mer du Muschelkalk.
Les ammonoïdes du début du Trias étaient alors, des animaux inféodés au
milieu océanique profond à l'instar de nos nautiles actuels. Néanmoins au début du Muschelkalk supérieur, certains de ces céphalopodes en provenance de la Thetys voisine ont tenté "l'aventure
Muschelkalk".
L'apparition et l'adaptation de ces céphalopodes à des conditions si particulières, ainsi qu'à une lame d'eau relativement faible reste encore aujourd'hui un mystère, cependant les ancêtres
des cératites ont trouvé au sein de cette mer intérieure, un milieu exempt de concurrence accompagné de niches écologiques vides dans lesquelles elles se sont rapidement
installées.
Ainsi au cours des 3 millions d'années qu'a duré le Muschelkalk supérieur, plus de 40 espèces de cératites sont apparues, toutes complètement autochtones à ce bassin, les plus grandes pouvant
atteindre jusqu'à 40 cm de diamètre ( Discoceratites ).
Il est également a noter la présence d'un autre céphalopode au sein ce cette mer, la nautile Germanonautilus bisordatus, dont les différentes pièces de son appareil buccal se retrouvent
assez fréquement ( cf article " le bec du Germanonautilus" ).
2.) Poissons et requins :
2.1) Hybodus, acrodus, polyacrodus...
2.1.1) Hybodus :
Apparus à la fin
du Permien, le genre Hybodus,est également bien représenté au sein des sédiments du Muschelkalk supérieur. Ce genre perdurera jusqu' au début du Crétacé, soit un règne de près de 160
Millions d'années pour plusieurs centaines d'espèces.
Les hybodus, proches parents de nos requins actuels, ont colonisés toutes les mers du globe et occupés des niches écologiques similaires à certains requins actuels, notamment les requins a
dentition hétérodonte et de type dentaire "arracheur" dont les dents présentent une cuspide principale longue et effilée, souvent accompagnées de denticules latéraux.
Ainsi deux dents à morphologie différentes ont pu appartenir à un même animal, mais faute de fossiles d'animaux entiers, un morphotype dentaire à souvent été défini comme une espèce à part
entière.
Au sein du Muschelkalk supérieur plusieurs espèces d'hybodus ont
néanmoins dû cohabiter. Leur morphologie dentaire semble en faire des chasseurs actifs, arrachant leur nourriture directement sur les proies vivantes.
L'une des étranges caractéristiques de ce requin est la présence d'un aiguillon à chaque nageoire dorsale de l'animal.
Ces aiguillons étaient ornés et denticulés, jouant sans doute un rôle défensif ou de reconnaissance spécifique.
Ces requins dont les ancêtres sont, comme pour les ceratites en provenance de la Tethys, n'étaient pas, au sein de la mer germanique, des monstres gigantesques.
En effet sur la plupart des dents que nous retrouvons, la cupside principale ne dépasse que très rarement les 15 mm de haut. Certains auteurs ont tenté de corréler "hauteur de la
couronne de la plus grande dent" et "longueur totale de l'animal" ( LEBRUN, 1991 ), ainsi en utilisant cette formule on peut extrapoler une longueur de 1.8 m pour les plus grands
specimens.
2.1.2) Acrodus et Polyacrodus :
Lors du Trias l'ordre des Hybodontiformes voit apparaitre deux familles de sélaciens aux dents étranges : les Acrodontidae et les Polyacrodontidae.
La
famille des Acrodontidae est bien représentée dans les sédiments du Muschelkalk, leurs dents typiques étant courantes et souvent bien conservées. Plusieurs morphotypes ont été décrits, mais la
découverte de palais dentaires complets ont permis de mettre en évidence une hétérodontie prononcée, et ainsi d'abaisser considérablement le nombre réel d'espèces.
La famille des Acrodontidae possède un ancêtre commun avec la famille des Hybodontidae, ainsi la forme générale des Acrodus ( Agassiz, 1837) devait présenter de grandes similitudes avec celles des Hybodus, écho d'un ancêtre commun en provenance de la Téthys.
Le hasard de l'évolution a doté ces petits requins de dents plates et ridées, leurs permettant de s'approprier une niche écologique vide via une nourriture délaissée par les autres occupants de la mer Germanique.
A l'instar de nos requins à dentition "broyeuse", les Acrodontidae devaient avoir un mode de vie similaire :
L'actuel Requin de Port-Jackson ( Heterodontus portusjacksoni ) présente une mâchoire garnie de dents dont la morphologie plate et variable rappelle étrangement celles des Acrodus sp. . " L' hétérodonte " de Port-Jackson, se nourrit principalemement d'invertébrés (oursins, coquillages et crustacées) débusqués en fouillant le sable. Une autre caractéristique troublante chez ce petit requin est la présence d'une épine à la base de ses deux nageoires dorsales, jouant un rôle défensif efficace. D'étranges similitudes avec nos Hybodontiformes fossiles... alors simple convergence évolutive ou réelle parenté??
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Pour les requins et approcher leur taille, on peut aussi, je pense, tenter une approximation en se servant de la longueur de l'aiguillon entre x7 et x10 d'après mes observations et calculs.