Un peu d'Argovien

Publié le par ToM

L'Alsace est l'une des régions les plus riche d'un point de vue diversité géologique, de part son emplacement et des bouleversements géologiques qui l'ont façonné. Ainsi depuis le Précambrien et les gneiss de Climont jusqu' aux sédiments alluvionnaires rhénans du Quaternaire, presque toutes les étapes de l'histoire de la Terre sont consignées dans les sédiments alsaciens.

Il sera question aujourd'hui de la faune d'un étage du Jurassique supérieur,l'Oxfordien et plus précisément de l'Argovien, du Sud de l' Alsace.
Affleurant aux hasard des labours, ce site recèle de jolies choses quand on prend le temps de s'y arrêter...

Retour en arrière :
Il y a 150 millions d'années, la région du Jura Alsacien, était sous les eaux chaudes d'une mer peu profonde dans lesquelles se sont édifiés des récifs coralliens, à l'instar de l'actuelle grande barrière de corail australienne.
Lors d'épisodes de tempêtes , le brusque démantèlement de ces structures, ont permis un enfouissement rapide des faunes existantes, les préservant de la dégradation bactérienne et nous les restituant, aujourd'hui, fidèlement.

Ces "tempestites" se présentent ici sous la forme de calcaires relativement fins dans lesquels les fossiles sont complètement silicifiés, propriété intéressante pour nous autres amateurs de fossiles...
La violence du dépôt se traduit par la forte accumulation biologique désordonnée au sein du sédiment, ainsi que par l'importante casse observée au niveau des différentes entités faunistiques inclues dans la roche :


 

 

 



Ci contre le détail d'une accumulation :

A gauche une série d'articles de Pentacrinus sp. ,au centre deux débris de spongiaires et enfin à droite la base d'une radiole de Paracidaris florigemma.










La silification des fossiles au sein d'une matrice calcaire permet un dégagement chimique intégral de ces fossiles, qui terriblement fragiles ne résisteraient pas à une attaque mécanique. Ainsi le procédé de dégagement est très simple, après visualisation d'une zone intéressante, un simple passage à l'acide chlorhydrique dilué permet de révéler les fossiles sans les abimer :






Ainsi ce Lopha gregaria était à l'origine entièrement inclu dans sa gangue calcaire. Le dégagement chimique permet ainsi d'attaquer le sédiment à l'intérieur du bivalve, ceci permettant de complètement libérer la commisure , lui donnant un aspect esthétique plutôt sympa.











Les fossiles les plus fréquents au sein de cette couche sont deux échinodermes, l' échinide Paracidaris florigemmaet le crinoide Millericrinus horridus.

Le premier se signale surtout par la présence de ses radioles, lesquelles étaient utilisées à la manière de béquilles lors de ses déplacements. Les tests entiers sont très rares et se sont principalement les restes des aires interambulacraires que l'on retrouve au gré des prospections.

Au moins trois genres de crinoides sont présents sur le site : Pentacrinus, Apiocrinus et Millericrinus.

Pentacrinus se signale par la présence de petits articles pentaradiés, comme présenté dans la première image.
Les restes d'Apiocrinus sont plus nombreux et il est parfois possible de retrouver les bases du calice supportant la partie filtrante de l'animal. ( Calice d' Apiocrinus sp. visible dans l'album dédié à l'Argovien.)
Le crinoide le plus courant est sans conteste Millericrinus horridusqui par endroit forme de véritables accumulations monospécifiques. Cette dernière espèce ne semble pas être formée d'articles comme Pentacrinus ou Apiocrinus, on retrouve ainsi parfois "des tiges" d'une longueur remarquable. Le hasard de la fossilsation et du dégagement à l'acide réserve parfois de bonnes surprises :


 






Ce fragment de pédoncule de Millericrinus horridus présente à la fois la structure externe et interne de l'animal : les entroques semblent s'être internalisées au cours de l'évolution et  se sont recouvertes d' une structure jointive.











Au milieu de ces champs de crinoides, évoluaient, en plus de Paracidaris florigemma des échinides irréguliers tel que ce Corrylites sp. :





Une importante faune de brachiopode devait trouver refuge au sein de ses grandes prairies de lys de mer, ainsi rhynchonelles et térébratules se font facilement débusquer au sein des amas de crinoides.
Il est également à noter que les fragments de spongiaires sont très courants, il est même parfois possible de trouver des spongiaires entiers :























Ce site remarquable renferme également des restes de rostres de belemnites ainsi que des moules internes de grande taille d'ammonites. Ces céphalopodes dont les restes sont relativement gros ne devaient pas vivre sur place, mais leurs restes ont sans doute été rapportés lors d' épisodes de tempêtes.
Il est également à noter que la faune argovienne Alsacienne est très proche de celle consevrée dans les marnes oxfordiennes des célèbres  " Vaches noires" de Villers, les Gryphae dilatata étant également conservés dans les calcaires fins de ce site Alsacien remarquable.

Voilà pour l' Argovien et ses fossiles silicifiés...

A une prochaine pour une nouvelle description d'un site paléontologique Alsacien remarquable!



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