Le passé aussi appartient à ceux qui se lèvent tôt...

Publié le par ToM

Profitant des derniers jours de vacances, je me suis fait une grosse journée Rhétien en Lorraine!

 

Dormi sur place et présent sur le site dès les premières lueurs matinales, mon premier exercice fut le désherbage manuel à coups de bêche afin de se frayer un chemin au sein d'une forêt d'orties, qui ont la fâcheuse tendance à rendre inexistant un chemin encore présent il y a quelques mois...

 

Arrivé sur ce qui est l'un de mes sites triasiques préféré de l'est de la France, je commence mon deuxième exercice de la journée : désherbage (encore) et excavation des sédiments que j'avais soigneusement replacé...

Le rhétien se signale en Lorraine comme une succession de strates de sables plus ou moins agglomérées et plus ou moins riches en dépôts détritiques et fossilifères... Certains bancs sont ainsi stériles tandis que d'autres présentent de véritables "bone beds" localement très riches en fragments osseux et en dents...

Le Rhétien succède à la période de forte transgression marine du Muschelkalk et se caractérise par une période de régression du niveau marin de la mer germanique. La Lorraine figure alors comme une mer peu profonde coincée entre les terres émergées des Vosges au Sud, du golfe du Luxembourg lui même bordé par les terres ardennaises alors hors de l'eau.
Le site de fouille est ainsi à la croisée des mondes continentaux et maritimes, lui conférant cette faune si particulière. Les accumulations de sables dans lesquels se retrouvent en grande quantité les indices du démentellement d'un massif granitique proche, témoignent d'un environnement deltaîque, sans doute proche des mangroves actuelles.

Les accumulations fossilifères montrent à la fois des faunes typiquement marines ( Rhomphaiodon nicolensis, Saurichtys...), une faune continentale ( Platéosaurus, théropodes, mammifères, Eudimorphodon), ainsi qu'une faune plutôt inféodée au milieu aquatique continental voire saumâtre ( Phytosaure, batrachomorphes, dipneustes...).

C'est cette croisée de trois mondes différents qui fait de ce site un excellent terrain de chasse pour fossileux!!

La couche que j'ai suivie perd de sa richesse et les trouvailles sont rares...

Néanmoins deux belles dents dents du phytosaure Angistorhinopsis ruetmeyeri m'ont quand même permis de rentrer chez moi avec le sourire:

 

 

Cette première dent est intéressante à plusieurs niveaux :

 

Elle présente une racine occupant les 3/4 de l'ensemble, cette dernière endommagée sur la face supérieure permet de mettre en évidence la structure creuse de la racine surmontée d'une dent crénelée triangulaire et légèrement plissée à la base. Les crénelures ne présentent pas de signes d'usures et l'émail est intact sur toute la surface de la dent... 
Question : dent d'un jeune individu ou dent de remplacement ? L'ensemble racine et dent mesure 27 mm, les caractéristiques de la dent en font une dent postérieure.

La deuxième dent est pour moi un petit évènement, trouvée à l'extrême limite supérieure d'une couche stérile et d'une couche fossilifère elle tend à prouver que chaque morceau de sédiment mérite un coup de marteau ou de tamis!!! De plus sa taille est exceptionnelle pour une dent postérieure : 49 mm de haut et 32 mm dans sa plus longue largeur, elle fait office de géante au sein de ma collection :




Encore une belle journée passée dans ce bone bed... Et pressé d'y refouiller!!!

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