Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /Oct /2009 20:36

Lors  de ma dernière sortie dans le trias supérieur, j'ai eu le bonheur de mettre à jour un os pas comme les autres...

Les couches de sables du rhétien sont connues pour la richesse fossilifère qu'elles portent en leur sein : les dents de phytosaures peuvent localement présenter une densité exceptionelle, les dents de requins de type romphaiodon y sont légion et on y retrouve également en belles proportions des dents de saurichtys et de dipneustes. Il est également à noter la présence de fragments osseux de taille variable, de fragments millimétriques à pluridecimétriques. Il est malheureusement rare de pouvoir identifier avec précision l'origine anatomique et taxonomique de la plupart de ces os.

Parfois la chance sourit et certaines vertèbres gardent des caractéristiques suffisament originales permettant une attribution taxonomique peu hasardeuse. Ainsi la présence d'amphibiens plagiosauridae sur ce site rhétien est officialisée par la présence de ces vertèbres bien conservées.

La présence dinosaurienne sur le site a été mise en évidence à plusieurs reprises par la découverte de dents mais parfois également d'ossements, notamment par la découverte d'une vertèbre caudale attribuable à un petit théropode...

La phalange que je présente ci dessous provient de la même couche dans laquelle j'ai extrait la dent de prosauropode faisant l'objet d'un article précédent et quelques dents de phytosaure.
Malheureusement brisée lors de l'extraction, j'estime la perte ( d'après sa situation in situ ) à environ 0,5 cm de la longueur totale.
Néanmoins les deux extrémités typiques d'un os phalangien sont conservées et en très bon état.

La longueur de cet os, au moins 6 cm, cible son appartenance à la caste des "géants" du rhétien : phytosaure, amphibien géant ou sauropodomorpha...

Lors de mes recherches je tombe dans ma documentation sur une planche de Gaudry illustrant un "pied" de platéosaure retrouvé dans les sédiments norien de Poligny... La ressemblance de ma phalange avec la 2p" de cette illustration est troublante...

Afin d'en avoir le coeur net je soumet cette phalange au jugement de Peter Galton, professeur émérite de l'Université de Bridgeport, spécialiste, entre autre, des prosauropodes.
Pour lui l'appartenance dinosaurienne de cette phalange distale ne fait aucun doute, un prosauropode proche de Plateosaurus certainement...

Une trouvaille, une intrigue, un article, un contact, une réponse... C'est ça la paléonto que j'aime!!

   

Par ToM - Communauté : Paléontologie rhetien
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Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /Oct /2009 12:11

Dent en très bon état d’aspect général subtriangulaire et spatulée, présentant une série de crénelures sur les carènes mésiales et distales :

 

Cette dent est composée de l’intégralité de sa couronne et d’une partie de sa racine et présente une constriction au premier quart inférieur. D’après CUNY et RAMBOER ( 1991 ) la racine serait séparée de la couronne par cette constriction, cette donnée semble être confirmée par la découverte d’une dent d’aspect « prosauropode » en section longitudinale présentant une cavité racinaire de forme semi-circulaire dont le maximum coïncide avec l’apparition de la constriction ( CHENAL, 2009 ).

 

La hauteur totale de la dent (CH) est de 13,4 mm, j’estime la hauteur de la couronne depuis l’apparition de la constriction à l’apex à 10,7 mm pour une hauteur racinaire de 2,7 mm.

 

La longueur mésio-distale de la dent à sa base (CBL) est de 7,1 mm.

J’introduis ici le terme de Crown Maximal Length (CML) définissant la longueur mésio-distale maximale de la dent, qui apparaît à « mi-dent ». CML : 8,5 mm.

La largeur labio-linguale (CBW) est prise au niveau de la racine de la dent. CBW : 4 mm

Les mesures CBW et CBL permettent de mesurer l’indice de compression de la dent Crown Base Ratio (CBR) via le rapport CBW/CBL. Sur cette dent CBR : 0.56



 

La face apparente est franchement concave, l’autre étant encore encroûtée de sédiment. Cette concavité est typique chez les Archosaures de la face labiale de la dent, celle étant dirigée vers l’extérieur de la gueule, au contraire de la face linguale qui, elle, était en contact avec la langue de l’animal.

 

Cette face labiale est parcourue de fines rides longitudinales plus ou moins parallèles entre elles qui naissent au niveau de la CML, et atteignent les carènes sans se rejoindre au niveau de l’apex.

 

Les carènes sont lisses jusqu’au CML, à partir duquel apparaissent des crénelures de taille croissante et dirigées vers l’apex.

 

La carène distale supporte 12 crénelures qui parcourent c ette première jusqu’à l’apex sur une longueur de 6.5 mm soit une densité d’environ 1.8 crénelures par mm.

La carène mésiale voit débuter l’apparition des crénelures au même endroit que la carène distale mais après la 7ème crénelure apparaît une facette d’usure qui s’étend jusqu’à l’apex de la dent. Cette facette d’usure s’est sans doute mise en place du vivant de l’animal, la dent dans son intégralité ne présentant pas de signes d’usures post mortem.

 

Toutes ces caractéristiques sont relativement typiques des dents de prosauropodes rapportées au genre Plateosaurus dont les restes sont biens décrits en Europe de l’Ouest.

 

Il est à noter que la face linguale est toujours encroûtée de sédiment, la morphologie des dents de ce prosauropode étant bien connu je ne souhaite pas fragiliser la dent par simple soucis esthétiques !

Merci à P. GALTON pour sa disponibilité et ses précieuses informations.

Par ToM - Communauté : Paléontologie rhetien
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Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /Oct /2009 13:45

Profitant d'un petit saut dans la périphérie nancéenne et du temps libre dont je dispose ces derniers temps, je décide de consacrer quelques heures à la recherche de dents dans le Rhétien.

Arrivé sur site je constate que les choses ont beaucoup bougées depuis ma dernière visite, beaucoup de bon sédiment a été raclé, les trous n'ont pas été rebouchés et un énorme monticule de tamisat se dresse à l'arrière du site... J'espère de tout coeur que l'approche de bourses aux fossiles et minéraux dans le grand-Est n'a rien à voir avec cet énorme chantier de terrassement...

Vu le travail nécessaire à effectuer pour remettre à jour une couche interréssante, je décide de m'éloigner de cette zone et d'en fouiller une autre! Bonne idée! Je tombe sur une poche, pleine de débris osseux et de dents!!

Voici un aperçu des trouvailles les plus belles :








Cette première dent mesure 23 mm de long et 15 mm dans sa plus grande largeur. Sa forme convexe, ses crénelures sur les deux carènes et sa forme en "fer de lance", sont typiques d'une dent postérieure du phytosaure " Angistorhinopsis ruetmeyeri".









 

 

 

Cette dent présente les mêmes caractéristiques que la précédente mais avec des mensurations plus importantes : 42 mm de longueur et  22 mm  de largeur à sa base. Cette orientation permet de mettre en évidence la forme convexe de la dent et de faire ressotir les crénelures qui bordent la carène. La pointe n'a pas été conservée, peut être s'est elle brisée du vivant de l'animal...

 

 

 

 

 

 









Cette dent plus petite que les deux autres est néanmoins parfaitement conservée. Elle présente également cette forme typique en "fer de lance" et une carène crénelée, c'est ainsi également une dent postérieure du phytosaure déjà signalé plus haut. Elle mesure 16 mm de long et 11 de large.












Cette petite dent moins comprimée que les précédentes, présente des stries longitudinales sur ses deux faces. Les deux carènes ne sont pas ornementées de la même façon, l'une (celle présentée sur la photo ci contre) présente une série de crénelures, tandis que l'autre est parfaitement lisse. Cette dent peut être rapportée au même phytosaure que précédement mais elle est caractéristique d'une dent intermédiaire.
15 mm de long pour 6 de large.





Les phytosaures ne sont pas les seuls représentants de la faune de ce site, ainsi les dents de requins sont très communes. Il n'est également pas rare de trouver des restes d'Actinoptérygiens de la famille des Saurichtyidae, typique avec leur capuchon lisse d'acrodine. Je possède une vingtaine de ces dents qui présentaient jusqu'alors toujours la même morphologie et une taille qui n'atteignait que très rarement le centimètre.
Lors de cette dernière sortie, j'ai extraite la dent suivante dont seule la partie inférieure dépassait, sans plus la dégager de sa gangue je l'ai rangé en la prenant pour une petite dent intermédiaire de phytosaure.
De retour chez moi la dent fut dégagée et me laissa perplexe :




Mesurant 21 mm de longueur pour 9 mm de large à la base, cette dent présente un apex typique des dents de Saurichtys trouvées sur site avec leur capuchn d'acrodine lisse.
Seules ses mensurations ( 60 % plus grande que les autres dents de ma collection ) et les 3/4 inférieurs de la dent la différencient de ses consoeurs...
Cette dent semble posséder sa racine originelle et l'émail est préservé uniquement à la pointe...
Elle me laisse perplexe...




 
Et le meilleur pour la fin :

 

 






16 mm de long pour 8 mm de large.
Elle présente les caractéristique d'une dent de théropode, proche de l'espèce Lilensternus liliensterni trouvé en Allemagne dans des sédiments contemporains à ceux dans lesquels cette dent a été découverte.
De la base à la pointe en passant par ses crénelures tout est parfaitement bien conservé sur cette dent!


Que du bonheur !!!
Par ToM - Communauté : Paléontologie rhetien
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Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /Sep /2009 15:17

L'Alsace est l'une des régions les plus riche d'un point de vue diversité géologique, de part son emplacement et des bouleversements géologiques qui l'ont façonné. Ainsi depuis le Précambrien et les gneiss de Climont jusqu' aux sédiments alluvionnaires rhénans du Quaternaire, presque toutes les étapes de l'histoire de la Terre sont consignées dans les sédiments alsaciens.

Il sera question aujourd'hui de la faune d'un étage du Jurassique supérieur,l'Oxfordien et plus précisément de l'Argovien, du Sud de l' Alsace.
Affleurant aux hasard des labours, ce site recèle de jolies choses quand on prend le temps de s'y arrêter...

Retour en arrière :
Il y a 150 millions d'années, la région du Jura Alsacien, était sous les eaux chaudes d'une mer peu profonde dans lesquelles se sont édifiés des récifs coralliens, à l'instar de l'actuelle grande barrière de corail australienne.
Lors d'épisodes de tempêtes , le brusque démantèlement de ces structures, ont permis un enfouissement rapide des faunes existantes, les préservant de la dégradation bactérienne et nous les restituant, aujourd'hui, fidèlement.

Ces "tempestites" se présentent ici sous la forme de calcaires relativement fins dans lesquels les fossiles sont complètement silicifiés, propriété intéressante pour nous autres amateurs de fossiles...
La violence du dépôt se traduit par la forte accumulation biologique désordonnée au sein du sédiment, ainsi que par l'importante casse observée au niveau des différentes entités faunistiques inclues dans la roche :


 

 

 



Ci contre le détail d'une accumulation :

A gauche une série d'articles de Pentacrinus sp. ,au centre deux débris de spongiaires et enfin à droite la base d'une radiole de Paracidaris florigemma.










La silification des fossiles au sein d'une matrice calcaire permet un dégagement chimique intégral de ces fossiles, qui terriblement fragiles ne résisteraient pas à une attaque mécanique. Ainsi le procédé de dégagement est très simple, après visualisation d'une zone intéressante, un simple passage à l'acide chlorhydrique dilué permet de révéler les fossiles sans les abimer :






Ainsi ce Lopha gregaria était à l'origine entièrement inclu dans sa gangue calcaire. Le dégagement chimique permet ainsi d'attaquer le sédiment à l'intérieur du bivalve, ceci permettant de complètement libérer la commisure , lui donnant un aspect esthétique plutôt sympa.











Les fossiles les plus fréquents au sein de cette couche sont deux échinodermes, l' échinide Paracidaris florigemmaet le crinoide Millericrinus horridus.

Le premier se signale surtout par la présence de ses radioles, lesquelles étaient utilisées à la manière de béquilles lors de ses déplacements. Les tests entiers sont très rares et se sont principalement les restes des aires interambulacraires que l'on retrouve au gré des prospections.

Au moins trois genres de crinoides sont présents sur le site : Pentacrinus, Apiocrinus et Millericrinus.

Pentacrinus se signale par la présence de petits articles pentaradiés, comme présenté dans la première image.
Les restes d'Apiocrinus sont plus nombreux et il est parfois possible de retrouver les bases du calice supportant la partie filtrante de l'animal. ( Calice d' Apiocrinus sp. visible dans l'album dédié à l'Argovien.)
Le crinoide le plus courant est sans conteste Millericrinus horridusqui par endroit forme de véritables accumulations monospécifiques. Cette dernière espèce ne semble pas être formée d'articles comme Pentacrinus ou Apiocrinus, on retrouve ainsi parfois "des tiges" d'une longueur remarquable. Le hasard de la fossilsation et du dégagement à l'acide réserve parfois de bonnes surprises :


 






Ce fragment de pédoncule de Millericrinus horridus présente à la fois la structure externe et interne de l'animal : les entroques semblent s'être internalisées au cours de l'évolution et  se sont recouvertes d' une structure jointive.











Au milieu de ces champs de crinoides, évoluaient, en plus de Paracidaris florigemma des échinides irréguliers tel que ce Corrylites sp. :





Une importante faune de brachiopode devait trouver refuge au sein de ses grandes prairies de lys de mer, ainsi rhynchonelles et térébratules se font facilement débusquer au sein des amas de crinoides.
Il est également à noter que les fragments de spongiaires sont très courants, il est même parfois possible de trouver des spongiaires entiers :























Ce site remarquable renferme également des restes de rostres de belemnites ainsi que des moules internes de grande taille d'ammonites. Ces céphalopodes dont les restes sont relativement gros ne devaient pas vivre sur place, mais leurs restes ont sans doute été rapportés lors d' épisodes de tempêtes.
Il est également à noter que la faune argovienne Alsacienne est très proche de celle consevrée dans les marnes oxfordiennes des célèbres  " Vaches noires" de Villers, les Gryphae dilatata étant également conservés dans les calcaires fins de ce site Alsacien remarquable.

Voilà pour l' Argovien et ses fossiles silicifiés...

A une prochaine pour une nouvelle description d'un site paléontologique Alsacien remarquable!



Par ToM - Communauté : Les fossiliens
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Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /Sep /2009 12:22
Ce dimanche direction encore un fois une carrière de calcaire du Nord Est de la Moselle, à la recherche de restes de vertébrés triassiques.
Les carriers délaissent une zone qui était devenue l'un de nos terrains de chasse favori, et les couches à bone-bed accessibles fondent comme neige au soleil... Ainsi le sport dominical  se résume par un basculement de blocs de plusieurs dizaines de kilos, du haut du front de taille, de redescendre façon rappel les 4 mètres de dénivellé pour ouvrir les blocs tombés à terre...
Ceci pouvant devenir très fatiguant et très démotivant quand les blocs ouverts ne contiennent rien!
Certains jours sont fastes où les trouvailles s'enchainent au son des cris de joie et de surprises, d'autres sont plus calmes où seul le cri des milans noirs vient troubler le calme de la carrière.
Ce dimanche fut l'une de ces journées, des centaines de kilos de blocs ont été ouverts pour une pêche très très maigre, le sac n'a jamais été aussi léger en quittant ce lieu...

Voici les maigres découvertes :

Deux hybodus (longiconus ?)  de taille moyennes dont la fossilisation a préservé leurs cuspides latérales :






























































Un autre type d' Elasmobranchii, que parfois je délaisse au profit d'autres dents plus grandes, mais qui cette fois fera mon bonheur et qui viendra compléter la systématique de ce site : Paleobates sp.
C
ette "ancienne raie" possédait de petits pavés dentaires allongés et ponctués de petites dépressions :








































Et enfin la pièce qui rendra la fin de journée un peu moins morose, une jolie Nothosaurus mirabilis de 21 mm :













































Bref petite journée... Au moins il faisait beau !
Par ToM - Communauté : Les fossiliens
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